La Bête est lâchée – Rendez-vous avec Edward Bunker

Né en 1933, à Hollywood, Edward Bunker a marqué la littérature policière américaine grâce à une bibliographie teintée de noire, au doux relent de crimes et d’univers carcérale.

On ne peut pas écrire que la jeunesse d’Edward Bunker fut un long fleuve tranquille. En effet, après avoir connu la vie des maisons de correction, il gouta pour la première à la prison à l’âge de 17 ans. Un séjour non sans heurts puisqu’il entra notamment dans la Fraternité Aryenne, bien connue dans les vols et délits en tout genre.

Heureusement pour Edward Bunker, deux rencontres vont profondément marquer sa vie. La première se fera en prison. Les conduits d’aération vont lui permettre de parler littérature avec Caryl Chessman – condamné à mort pour viols et auteur de best sellers- et qui lui permettra de construire son rêve de devenir écrivain. La seconde est celle avec Louise Wallis, figure emblématique du cinéma muet. La starlette lui permettra de passer de l’ombre à la lumière, non sans connaître quelques échecs en amont.

Et cette réussite verra donc le jour via la trilogie de la Bête : « Aucune bête aussi féroce » (No Beast So Fierce – 1973), « La Bête contre les murs » (The Animal Factory – 1977) et « La Bête au ventre » (Little Boy Blue – 1981).

Des héros particuliers

Les polars, on entre directement dedans ou on se lasse très vite. La recette ? Une intrigue qui grandit au fil des pages, des personnages sombres, et une atmosphère qui emprisonne les lecteurs. Ce qui fait la différence avec les autres grands auteurs, c’est qu’Edward Bunker insuffle à son oeuvre son passé de délinquant à la petite semaine et celle de ses nombreux séjours en prison.

Bilan, on ne peut que se glisser dans la peau de Max Dembo, Ronald Decker et Alex, les 3 héros de sa trilogie hors norme. L’auteur arrive, sans grande peine, à vous emmener dans un univers à la fois glauque et pitoyable, mais qui vous inciterait presque à tout pardonner à ces héros sans foi ni loi.

Cerise sur le gâteau, le talent d’Edward Bunker a été adoubée par James Ellroy, le maître déjanté du polar noir.

Aucune Bête aussi féroce

En liberté conditionnelle, Max Dembo essaie de reprendre une existence normale. Mais la réinsertion est une gageure quand on sort de prison. Rejeté par la société, il est aussi irrésistiblement attiré par les bas-fonds de Los Angeles, milieu où il a toujours vécu. Violent, incontrôlable, il replonge dans la criminalité.

Monument de la littérature carcérale, hyper-réaliste, en partie autobiographique, « Aucune Bête aussi féroce » est également un modèle d’analyse de la psychopathologie criminelle. Ce roman, qui a fait connaître Edward Bunker, a été adapté au cinéma sous le titre « Le Récidiviste », avec Dustin Hoffmann.

BUNKER, Edward. Aucune Bête aussi féroce. Rivages/Noir. 446 pages.

La Bête contre les murs

Lorsqu’il arrive à San Quentin, Ronald Decker est « jeune et paraît encore plus jeune qu’il ne l’est en réalité ». Earl Copen, lui, y purge sa troisième peine d’emprisonnement. Ému par Ron, en qui il se retrouve, il lui apprend à survivre dans un lieu où la raison du plus fort est toujours la meilleure, où la haine raciale est exploitée par une administration défaillante et où la mort parait la seule issue possible.

« La Bête contre les murs » a été porté à l’écran par Steve Buscemi avec Willem Dafoe, Edward Furlong, Mickey Rourke… et Edward Bunker.

BUNKER, Edward. La Bête contre les murs. Rivages/Noir. 350 pages.

La Bête au ventre

Alex est né sous une mauvaise étoile. Sa mère l’a abandonné et son père a dû le confier à des foyers d’adoption, écoles militaires et autres pensionnats. Commence alors pour lui « Le cycle des laideurs, des tumultes et des larmes », qui l’amènera, de révoltes en évasions, à connaître la répression sous toutes ses formes. Encore adolescent, Alex est déjà un taulard endurci qui vit la Bête au ventre et la rage au coeur.

« La Bête au ventre » conclut la trilogie. Edward Bunker y analyse le processus qui conduit la société à se fabriquer les criminels qu’elle mérite.

BUNKER, Edward. La Bête au ventre. Rivages/Noir. 475 pages.

Publié par Sébastien

Journaliste de formation, passionné de lecture et de musique, je vous invite à découvrir et à partager mon univers littéraire.

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